Le parfait enfant

Enfant-Parfait.jpg

Ce couple s’était rencontré dans des circonstances banales. Ils s’étaient rapidement entendus sur les idées avant de s’entendre sur les projets. Ils étaient tous deux affreusement pratiques, si bien que la raison l’emportait toujours sur les sentiments et si les sentiments passaient au-dessus de la raison, c’est qu’elle les y avait menés. C’était ainsi que ce couple s’était formé.
Monsieur et madame d’Avrigny, car c’est ainsi qu’ils se nommaient, une fois mariés, eurent des projets d’enfants. Comme à l’accoutumée, ils avaient une idée bien précise du genre d’enfant qu’ils voulaient. Ils n’en voulaient qu’un, et, peut-être, un deuxième ensuite.

Chacun a ses raisons, dit-on, qui le poussent à avoir un enfant. Quoique, peu le font réellement par raison contrairement aux d’Avrigny. C’était en voyant ceux des autres que l’idée leur était venue d’en faire un. En effet, ils ressemblaient trop à des œuvres mal conçues et de ces œuvres, ils trouvaient mille critiques, mille choses qui n’allaient pas, mille façons qu’ils auraient, s’ils en avaient, de faire mieux que les autres parents.
Ainsi, le projet se concrétisait dans leur esprit. « S’ils y arrivent, nous devrions nous en sortir ! », se disaient-ils avec ce sourire plein d’assurance.

En quelques mois le projet fut mené à son terme et l’enfant fut né. Je ne sais plus comment il s’appelait, Charles peut-être, Louis, ou Henry, enfin un nom qui, à leurs yeux, ajoutait de la noblesse à un enfant qui en déborderait par lui-même.
Ils avaient hâte de le voir grandir. Chaque étape de sa vie était vue, pour eux, comme un challenge à relever. Il faut dire que leurs idées sur la façon d’élever un enfant étaient bien arrêtées : ils avaient beaucoup lu sur le sujet et savaient exactement ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. Ce sujet fut l’un des nombreux qu’ils aimaient aborder. Après une visite chez une sœur, un frère, une amie… ils aimaient critiquer sévèrement le comportement de l’enfant. C‘était une manie. Ils aimaient se dire comment eux, ils auraient fait à leur place ; et ce pouvoir, vain jusqu’alors, leur donnait une sensation de puissance, l’impression, sans doute, que tout était encore possible et que le monde injuste, incohérent et imparfait dans lequel ils évoluaient pouvait devenir meilleur.
Cet enfant était une part active de cette ambition. C’est pourquoi il avait été accueilli avec tant d’impatience.
Son arrivée avait été prévue. La maison, la chambre, le lit, les vêtements avaient été achetés dès les premiers mois. Ils connaissaient tout ce qu’il fallait savoir sur le sujet, bref, ils étaient prêts. Quand il arriva, ce fut un grand événement plein de joie et d’anxiété.

Les premiers mois ne furent pas de tout repos. La fatigue jette un flou sur les idées et, vu que c’est sur celles-ci qu’ils s’appuyaient pour mener leur vie, cette dernière devint rapidement chancelante. Ils avaient donc dû revoir à la baisse la façon de mener ce projet et faire des concessions. Après tout, c’est une façon normale et courante de faire face à une crise. Néanmoins, ces petits échecs, même sans grande importance, avaient de grandes répercussions à la hauteur de leurs engagements. Il est des choses que leur entourage n’avait pas oubliées : leurs regards, leurs discours et leurs jugements. Ils connaissaient donc leur façon de penser à propos des enfants et surtout des leurs ; ainsi que leur ambition et un peu trop bien comment, eux, ils feraient à leur place. Bien entendu, ce sujet fut souvent contenu et donc peu abordé, mais ce qu’ils ne disaient pas en disait plus que ce qu’ils auraient pu dire. Leurs soupirs, les regards qu’ils échangeaient, ces sourires plein de fausses tendresses, de pitié voire de moqueries, n’échappaient pas à ceux à qui ils rendaient visite. Si bien qu’ils s’étaient construits une réputation et du haut de cette réputation était née la fermeté de l’attente. Et tous les attendaient au tournant comme on dit, car la vengeance n’est-elle pas un plat qui se mange froid ?
Les d’Avrigny n’en étaient pas dupes. Ils s’étaient donc construit un sentiment de persécution allant grandissant avec les petites erreurs de parcours de leur progéniture. En effet, cet enfant n’en faisait qu’à sa tête. Ils avaient prévu beaucoup de choses pour lui et tout ce qu’ils voulaient, il s’obstinait à vouloir l’inverse. Tout ce qu’ils lui disaient, il s’acharnait à ne vouloir l’entendre. Il n’aimait pas ce qu’ils aimaient, il ne voulait pas ce qu’ils voulaient. Bref, cet enfant leur opposait une forte résistance. À bien y regarder, ce que les yeux de l’amour n’avaient pas vu tout de suite, mais qui était devenu de plus en plus évident avec le temps : cet enfant ne leur ressemblait pas. Ils n’avaient aucun doute sur leur paternité, alors cette non-conformité devait être le fruit d’autre chose.
Plus le temps passait et plus ils s’enfermaient dans une paranoïa auto-entretenue. Sans doute, dans d’autres conditions, elle serait passée. Sans doute, une écoute extérieure, quelques conseils, une aide temporaire, un peu de soutien auraient pu les sortir de ce gouffre dans lequel leur esprit tombait, mais il faut dire qu’ils ne sortaient plus beaucoup. Ils ne voyaient plus que sourires en coin, ricanements contre eux, mots à double-sens et regards qui en disent long. Si bien qu’ils se sentaient sans cesse jugés, observés, raillés. Tout cela à cause de cet enfant qui n’arrêtait pas de s’opposer à eux. « Tout allait bien avant », se rappelaient-ils dans de rares moments de calme. « Pourquoi avons-nous fait cet enfant ? Mais pourquoi l’avons-nous fait ? », répétaient-ils constamment dans des états d’angoisse, de panique proche du délire. La fatigue s’accentuait. Tout échappait à leur contrôle. Ils rêvaient de repos. Voulaient tout plaquer. S’enfuir. Tout abandonner.

Au début l’enfant pleurait souvent, souffrant de cette atmosphère malsaine. Puis il s’était tu, avant de trouver des occupations qui exaspéraient ses parents. Il semblait tout faire pour leur nuire. Il avait des idées sadiques. Il avait « le mal en lui » pensaient les d’Avrigny. Mais jamais ils n’avaient osé en parler autour d’eux, car cette révélation s’accompagnerait de pensées qu’ils ne voulaient pas avouer, qu’ils gardaient pour eux et qu’ils ne s’étaient révélés entre eux que par bribes de plus en plus explicites. C’est ainsi qu’ils échangeaient le fond de leur pensée, sans jamais réellement se le révéler. Sans doute, était-ce pour lui garder encore son aspect chimérique.
Si bien qu’une des rares fois où ils étaient sortis au parc, non loin de chez eux, un accident était survenu. L’enfant, courant sur le ponton et voulant s’approcher des canards pour leur faire je-ne-sais-quoi, tomba dans l’eau. Monsieur d’Avrigny avait couru la distance qui le séparait de l’enfant. Mais, au lieu de trouver l’enfant se débattant comme on aurait pu le croire, au lieu de le voir remonter et chercher de l’aide, appeler, crier ou pleurer, il ne vit et n’entendit rien. L’enfant avait simplement coulé. Il s’était donc effondré au bout du ponton, les bras tendus vers l’eau, restant ainsi quelques secondes qui devinrent des minutes. L’étang avait noyé ce drame et l’eau était redevenue si rapidement calme, que le doute s’était installé en lui. Le malheur frappe parfois si durement qu’il nous fait douter de la réalité. Ainsi, une porte s’était ouverte devant lui, par laquelle sa conscience s’était échappée. Il était resté là, les yeux fixés à l’endroit où une partie de lui avait coulé.
Sa femme le regardait, fascinée, impassible, accablée de lassitude, vidée et impuissante.
Ce projet d’enfant s’était envolé et, avec lui, avait emporté tous leurs rêves, tous leurs idéaux.
Je ne sais pas ce que sont devenus ces gens-là. Je vous ai raconté cette histoire parce qu’elle m’a marqué. Je l’ai entendue il y a des années et elle me donne encore aujourd’hui à réfléchir.

 

Publicités

Vision du détail

Vision - detail

Bonjour,

Je ne sais pas vraiment comment les autistes voient le monde qui les entoure. Je tiens là sans doute une belle figure de style car en vérité je vais tenter de l’expliquer en cherchant dans ma façon de voir les choses et sans doute ce que je vais exprimer va vous montrer que j’en savais assez et que mon introduction souffre donc de longueur et d’un excès d’humilité.

Le détail a plusieurs propriétés. Le détail c’est un bout d’un ensemble. Ce petit bout a des limites mieux définissables : on en vient plus vite à bout, on en fait plus vite le tour. J’ai besoin de contrôle. Pourquoi ? Parce que je ne contrôle rien. Disons, avec plus d’exactitude, que beaucoup de choses m’échappent, alors, je recherche ce qui ne m’échappe pas. Ce que je maîtrise devient une terre de sérénité de laquelle je peux me reposer. Sachant que j’ai besoin de beaucoup de repos, je vais alors avoir besoin de beaucoup d’espace où je serai serein, ainsi de beaucoup de contrôle.

Je ne vois pas dans le détail parce que je ne peux pas techniquement voir le tout, je le vois aussi bien que quiconque. Si je vois le détail ou / et si je ne vois pas bien le tout c’est dû à ce qui se passe quand je regarde le tout. Je prends souvent cet exemple et c’est aussi celui, si ma mémoire est bonne – l’est-elle ? – que j’avais pris dans l’ancien blog que j’avais consacré à ce sujet.
Si je me place face à un rayon rempli de yaourt. Il va être difficile de voir le tout. Il y a la lumière, les couleurs, les textures, les formes, les mots… Tous ces éléments entrent en même temps dans un cerveau qui n’a pas la capacité de traiter autant d’informations d’un seul coup. Je ne sais pas comment cela devrait se passer, normalement, je pense qu’il y a un filtre qui fait peut-être des sélections par pertinences. Mon cerveau en tout cas va tout prendre comme info et au lieu de trier, va s’affoler, essayer de traiter séparément toutes les infos sans les hiérarchiser par pertinence et il va disjoncter ( c’est là la crise d’angoisse ). Avant d’en arriver à cet extrême, par habitude sans doute, le cerveau va de lui-même concentrer son énergie sur un point donné ( par exemple 2 ou 3 yaourts à la fois ) et va occulter tous les autres. C’est une mesure de précaution que je remercie mon cerveau d’avoir car elle me permet d’être mieux voire d’être bien. Souvent, paradoxalement, dans ces dispositions de bien-être, l’on va me dire « tu n’as pas l’air bien », peut-être parce qu’à ces moments, j’oublie d’aller vers ce vers quoi je ne serais pas bien, par exemple, j’oublie d’avoir mon masque social.

Le problème c’est que nous sommes parfois contraints de sortir de ce mode de confort dans la vie de tous les jours, comme quand je dois chercher un yaourt spécifiquement. Ceci peut expliquer pourquoi un changement va me perturber. D’aucuns diront que c’est le changement qui me perturbe, alors qu’en vérité ce n’est pas spécifiquement le changement ici qui me perturbe – dire que le changement me perturbe ne dit pas grand chose sur ce qui me perturbe ! – mais ce qui se passe quand ce changement a lieu. Ici, il se passe que je dois sortir de la sécurité dans laquelle le cerveau s’est disposé, pour trouver la place habituelle des yaourt que je veux. C’est coûteux en énergie et ça me met en danger d’une certaine façon. Donc je n’aime pas cela – qui l’aimerait ? Alors je préfère prendre les mêmes yaourts pour éviter tout ça et sans doute encore pour d’autres raisons qu’on expliquera plus tard.

Quand mon cerveau fonctionne bien et quand il connait une situation, il met un voile sur le tout et ne garde que le détail. Ce n’est pas un mode pratique pour la recherche, mais c’est un mode confortable pour l’usager. Je ne vois pas que dans le détail, j’ai tendance à le faire. En soi, cette vision n’est pas que problématique mais elle peut le devenir. Disons que dans la vie de tous les jours, la vie sociale également, ça peut poser quelques difficultés dont on parlera sans doute.

Merci de m’avoir lu.

L’imposteur

Imposteur - sans abri -sdf

Cela fait quelques mois maintenant que je travaille pour cette entreprise. J’y ai ma petite routine. Trois ou quatre soirs par semaine j’entre dans un salle où tout le monde vient chercher ses consignes, son matériel avant de prendre une voiture et de partir faire ce qu’il a à faire pour la nuit.
Je sors de l’entreprise, je me dirige vers la ville et à deux ou trois kilomètres, j’arrive sur une longue route entrecoupée par des carrefours ; au premier d’entre eux il y a un sdf qui passe entre les voitures la main tendue.
Normalement je l’ignore, d’autant que je déteste être sollicité, il est rare que je ne me trouve pas un plan B pour contourner ce qui ne me paraît être qu’un obstacle mis sur mon chemin.
Cela a fini par me donner quelques réflexions. Après tout, je me disais que je ne pourrais pas donner à tous les sdfs et je ne savais pas comment choisir ; ainsi, par un détour de raisonnements plus ou moins pertinents, j’avais réussi à trouver une position morale confortable sans grande crainte de la contradiction. Sauf que je m’étais tout de même bien rendu compte que des sdfs je n’en croisais pas beaucoup et que donner à tous un peu ne m’aurait pas ruiné, je conclus qu’il serait préférable de donner plus à un sdf plutôt qu’un peu à quelques uns.
Je me suis retrouvé ainsi à m’installer dans une nouvelle routine qui consistait à donner un euro à ce sdf-là, chaque soir que je passais par ce carrefour.
Je me faisais une hâte d’arriver à ce carrefour pour effectuer ma bonne action du jour. Ma pièce était déjà préparée, prête à être gracieusement donnée ; je m’arrangeais pour toujours avoir une pièce d’un euro sur moi.
Je donnais beaucoup d’importance à ce rituel. Il s’était naturellement inscrit dans une succession d’actes à accomplir les jours de travail. Avant d’entrer dans le carrefour, je guettais, pour voir si le sdf était présent, et il l’était, chaque soir.
Je me suis parfois demandé ce qu’il faisait après, qu’elle était sa vie, s’il dormait dehors ou s’il avait trouvé un endroit pour dormir, mais je n’avais pas trouvé la force de l’interroger sur ces sujets-là. Il faut dire que je n’ai jamais été très doué en relation humaine. Ma pièce, je la voyais comme un rattrapage.
J’aimais voir son sourire se dessiner quand je lui tendais ma pièce. J’avais peur que le hasard de ma position dans la file de voitures, fasse que je ne puisse pas m’arrêter. Il remontait cette file, mais s’arrêtait au bout de quatre ou cinq. Le hasard aurait pu faire que j’aurais été trop loin pour qu’il vienne frapper à ma portière et assez près pour passer au vert, auquel cas je n’aurais pas pu lui donner ma pièce.
Par chance, cela ne m’était pas arrivé. Si bien qu’un jour, alors que je lui tendais ma pièce il me dit : “c’est gentil, mais vous savez que vous n’êtes pas obligé !?!”.
Depuis, je ne lui ai plus jamais rien donné.

Nouvel an

Enfance - Nouvel an

Chaque fête ou chaque événement dans lesquels je prenais place auprès des autres donnait lieu à des concessions. Je me souviens ainsi des rituels insensés du nouvel an où nous devions nous abaisser à des rapports tactiles, souvent monnayés par ailleurs – car il y avait à la clé un billet, promesse tacite de mon grand-père. Cette prostitution morale m’inspirait le plus profond dégoût et elles étaient nombreuses les voix de la raison que je devais taire pour accomplir ce devoir avilissant et aliénant.

La compréhension des mots

Compréhension - Mots

Bonjour,

Souvent je perçois qu’il est difficile de comprendre ce que les autistes ne comprennent pas, ce qui est encore plus difficile c’est de comprendre comment ils comprennent. Prenons les mots ou les expressions. On peut entendre que les autistes vont prendre tel(s) mot(s) ou telle(s) expression(s) de façon littérale. Mais, ça veut dire quoi de façon littérale ?
Je prends cet extrait trouvé sur ce blog :

Je lui ai demandé de me dire ce qui l’attirait et ce qui ne l’attirait pas. Comme je savais qu’il interprétait tout de manière trop littérale, je me suis efforcée d’employer toujours un langage simple avec lui, non imagé, non métaphorique, ni bourré d’expressions ou de second degré. Par exemple, au lieu d’utiliser le mot « univers », j’ai utilisé « genre de magasins ».

Je ne pourrais pas forcément dire ce que cet homme comprend quand, dans cette situation, on emploie le mot « univers », mais qu’est-ce que je comprends si on me le dit. Qu’est-ce qui se passe dans ma tête ? Comment se déroule le fil de mes pensées ?

Eh bien, tout d’abord mes pensées vont être divisées. Je sais que le mot univers n’est pas directement lié au contexte dans lequel on l’utilise. Il va donc me falloir dissocier le sens que je connais et le rapporter au sens qu’on souhaite utiliser. Ce travail là me demande déjà pas mal d’énergie. Ensuite, ce qui va me demander le plus d’énergie, c’est de faire la traduction car ce type de mots se rapportant à la métaphore est lié à l’imagination de celui qui l’emploie. Cela ne veut pas dire qu’ils n’a pas un sens, mais que ce sens-là n’est pas précis, n’est pas arrêté, il est bien plus ouvert à l’interprétation voire suggestif et sera attaché à une forme de créativité. Cette ouverture perd volontairement la rigueur pour créer de la poésie, une forme de douce rondeur imaginative où la droiture se tend et, presque s’efface.
Tout cela est par ailleurs très joli, j’adore cette perte parfois enivrante qu’est l’art, la poésie… mais dans une situation où l’attente de ce qui est demandé est exigeante ( on me demande une chose précise ), ma compréhension a besoin que cette exigence-là entre en cohérence avec l’exigence de la façon de le demander. Autrement, ma façon de répondre entrera en conformité avec la façon dont la question aura été posée. Cela n’est en rien volontaire. En vérité, c’est simplement ce qui se passe quand j’utilise beaucoup d’énergie dans un temps très court : c’est la saturation ( j’en parlerai prochainement ).

Ainsi, ce mot me perd dans une demande à forme contradictoire, je tente une traduction, je perds beaucoup d’énergie et je tends vers la saturation ( parfois je peux saturer aussi selon l’énergie qui me reste ) et, comme un ordi, je bugue ou je plante carrément. Voilà ce qui se passe dans ma tête quand ce genre de mots est utilisé.

Merci de m’avoir lu.

Je m’oublie

Dementia Disease

Impossible. Je ne retiens pas les noms, que ce soit des choses ou des gens. Si je tente, par spontanéité, de parler sans gêne, nommer ce que je crois sans y penser préalablement je vais trébucher, m’approcher en tombant à côté. S’ensuivront des rires à mon insu avec son humiliation coutumière. Ainsi, pour éviter cela, je ne m’y essaie plus, alors chaque chose que je veux dire est d’abord réfléchie. Cela donne une drôle d’impression, puisque le temps de la réflexion est tantôt bénéfique tantôt maléfique puisqu’une attente d’une seconde ou deux peut laisser supposer qu’on réfléchit, une attente supérieure laisse à penser que nous sommes perdus, ainsi, le temps en s’allongeant opère sur nous l’aura du sage ou de l’idiot. J’ai basculé, il y a bien longtemps de cela, dans celle de l’idiot. Peu de choses viennent à le contredire. Si par hasard je fais preuve d’une réflexion telle qui pourrait venir le contredire, sa fugacité la ferait passer pour un mirage qui, garant d’espoir, se laisse néanmoins oublier comme parfois on oublie ce qui a pu nous décevoir.

Ce trait a envahi toute ma personnalité. Je ne sais pas, je… comment…. quoi… hein… euh… comment… d’accord… mais…. euh… de quoi ? Ma personnalité a un jour été écrasée, depuis elle a disparu, avec ma spontanéité. Alors, avant de parler, avant de dire quoi que ce soit, j’hésite, je semble réfléchir, parfois je me perds, j’hésite encore, puis je panique, alors je trébuche et tente de dire la chose sur la pointe de pieds, sans bruit, à peine ici, présent sans y être. Il arrive qu’on ne m’entende plus, qu’on m’oublie alors que je parle : « j’ai cru entendre quelque chose » peut-être se disent-ils ou « m’a-t-on parlé ? Ah non, je croyais pourtant avoir entendu quelqu’un… ». Ce que je ne n’oublie pas c’est qu’il est souvent plus dur de marquer suffisamment plus que de s’effacer. Je ne suis pas discret parce que je n’ose pas, je suis discret parce qu’il n’y a plus personne pour oser.